Chapitre 7

Chapitre 7

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Ma pauvre Ava, tu n’apprécies pas l’esclavage, je sais, mais qu’aurait pu faire d’autre Sa Grâce au sujet des Crock’vies ? Si les purges les ont affaiblis, ils n’en restent pas moins dangereux. Les maintenir sous contrôle et leur donner du travail tout en leur accordant un toit, à manger et en leur enseignant la voie du Père était la meilleure décision à prendre. Il s’agit même d’une forme de clémence immense vu leur statut de meurtrier !

Tu hésites à franchir le pas et je le comprends. Néanmoins, posséder un esclave changera ta vie. Nous ne sommes plus aussi alertes qu’à l’époque de nos vingt ans. La moindre aide est bonne à accepter désormais et, contrairement à un membre de la famille ou à un apprenti, un captif ne te réclamera rien en échange de ses services. Il sera au contraire reconnaissant, car il n’oubliera jamais qu’il a échappé de peu à la mort…

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Lettre retrouvée dans les décombres d’une ferme d’Embrun.

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Le Ministre Ellingsen leva les yeux de son bureau et souffla d’agacement. Où était Valter… ? Fallait-il donc autant de temps pour que le messager dépêché rejoigne son bras droit ? Certains jours, l’impression que sa tâche ne consistait qu’en une interminable attente ne le quittait pas. La manière dont son défunt père s’était débrouillé afin de ne pas devenir fou au long des années le dépassait – sa patience méritait d’être glorifiée !

Ses doigts pianotaient sur le bois de la table. Dès qu’il le réalisa, Ellingsen pesta entre ses dents. Il détestait perdre ses moyens et céder à la nervosité ; quand on occupait un poste comme le sien, mieux valait cacher tout signe de faiblesse. Beaucoup trop de vautours évoluaient autour de lui pour qu’il se relâche.

Il inspira un grand coup, se redressa. Puis, les mains dans le dos, il arpenta son cabinet. Se dégourdir les jambes l’apaisait toujours. En outre, la posture qu’il adoptait, accentuée par sa taille haute, lui donnait l’air d’être en pleine réflexion sur l’avenir d’Escarpe. Ainsi, personne n’était capable de deviner son état d’esprit.

Ellingsen pivota vers l’entrée de la pièce, fermée, et s’avança dans sa direction. Aucun bruit de l’autre côté, pas même le plus mince chuintement de semelles. Sa mâchoire se contracta. Pourquoi Valter n’arrivait-il pas ? Était-il allé se promener en dehors d’Éclat ? Il reprit sa marche silencieuse. Sa contrariété l’absorbait tellement qu’il n’entendit pas la porte dérobée dans le mur à sa droite coulisser.

— Papa ! s’écria une enfant de moins de huit ans.

Après un sursaut, Elligsten se retourna, réceptionna sa fille et la souleva du sol. L’inquiétude le gagna : que faisait-elle là ? Il rapprocha ensuite son nez du sien, ancrant ses iris verts dans les siens.

— Nora ? Il y a un problème ?

Elle secoua la tête et le gratifia de son plus beau sourire enjôleur.

— J’avais envie de te dire coucou, papa.

Alors qu’Ellingsen s’apprêtait à lui répondre, sa femme émergea du passage, l’air ennuyé.

— Nora ! gronda-t-elle. Le couloir qui mène ici t’est interdit, sauf en cas d’urgence, je croyais t’en avoir informée. Ton père travaille.

Elle se pencha vers lui et ajouta :

— Je suis navrée, Téodor. Je ne l’ai quittée du regard qu’une minute pour coucher Lars : le pauvre trésor n’arrête pas de tousser. Je vais la ramener dans leur chambre.

Ingrid s’approcha. Toutefois, au lieu de l’autoriser à agripper Nora, Ellingsen l’enlaça à son tour de son bras libre.

— Ce n’est rien, la rassura-t-il après avoir embrassé le haut de son crâne blond. J’étais en train d’escompter l’arrivée de Valter.

— Il ne faut pas qu’elle prenne de mauvaises habitudes. Si tu avais été en pleine réunion…

Ses lèvres s’étirèrent.

— Quel père serais-je si je refusais un câlin à ma famille ? Ingrid, les jumeaux et toi êtes ma priorité. Je ne vais pas me mettre en colère parce que vous recherchez ma compagnie.

— Je sais, minauda son épouse, plus détendue, en se blottissant contre lui. C’est ce que j’aime le plus chez toi. Je regrette seulement que Nora ait échappé à ma surveillance : tu as des occupations auxquelles tu n’es pas en mesure de te soustraire et elle doit le saisir. Elle n’est pas l’héritière d’un simple Consul, elle est celle du Ministre.

Ellingsen dessina plusieurs arabesques dans son dos, confiant.

— Elle finira par le comprendre, je te le promets. Aujourd’hui… acceptons qu’elle ne soit qu’une fillette à qui son père manque.

Ingrid soupira, puis l’embrassa.

— Très bien.

Elle caressa la joue ronde de Nora et souligna :

— Que cela ne t’empêche pas de me demander la permission avant d’emprunter le passage, à l’avenir.

— Oui, maman. Pardon, je ne voulais pas te fâcher, juste voir papa.

— Je m’en doute, ma chérie.

Ellingsen lâcha le corps d’Ingrid afin d’ébouriffer les cheveux de Nora.

— Tu me vois maintenant, plaisanta-t-il. Que puis-je pour toi ?

— Une histoire !

— Une histoire, vraiment ?

— Lars m’a dit que tu lui en avais conté une, à cause de son cauchemar, mais quand je l’ai interrogé dessus…

— Il n’a pas souhaité lui en révéler plus, compléta Ingrid avec une moue attendrie. Tu l’as raccompagné à son lit, donc je n’ai aucune idée de vos échanges. J’ai déclaré à notre semeuse de troubles que ce n’était pas grave et qu’elle te poserait la question lorsque tu aurais le temps.

Nora rit et cacha son visage.

— Tout s’explique ! s’exclama Ellingsen. J’en connais une qui a reçu la curiosité de sa mère et l’impatience de son père à la naissance.

— Donc tu vas me la raconter, papa ?

Ingrid pouffa.

— Son impatience… et son obstination ! Nora, ton père est occupé. Nous ne devrions même pas être ici à l’heure qu’il est. Allons, tu penses être capable d’attendre le soir ?

Les yeux bleus de Nora se voilèrent de tristesse, cependant, elle acquiesça. Elle tendit les bras à sa mère, qui l’accueillit contre elle avec délicatesse.

— J’ai une meilleure idée, proposa Ellingsen. Et si je vous retrouvais après mon entrevue avec Valter ? Lars ne se sentira ainsi pas exclu, et il sera ravi de réécouter mon récit.

— Téodor…

Il posa une main sur le poignet d’Ingrid.

— On ne remarquera pas mon absence, je te le jure.

Elle se mordit la lèvre inférieure.

— Tu as des requêtes à lire, des États et leurs problèmes respectifs à gérer… T’accorder une pause est-il vraiment raisonnable ? Les quatre autres Consuls te jugent trop laxiste par rapport à ton père, tu me l’as avoué. Le moindre reproche s’avérera peut-être préjudiciable. La loi autorise les Consuls à élire un nouveau Ministre s’ils démontrent que celui en place ne remplit pas sa fonction.

— Ce qui est loin d’être mon cas. Tu n’as pas à t’en soucier.

Bon gré mal gré, Ingrid opina. Ellingsen accentua sa douce pression sur son poignet et la gratifia d’un sourire. Son inquiétude le touchait, néanmoins, elle n’avait pas lieu d’être ; elle découlait plus de son ambition que d’une réelle peur. Ingrid n’avait jamais caché son contentement à l’idée d’être la femme la plus puissante d’Escarpe, et perdre son statut la terrifiait. Elle n’hésitait d’ailleurs pas à l’épauler dans son rôle ou à agir selon leurs intérêts, aussi digne qu’une reine du Grand Continent.

Il déposa un baiser sur sa joue.

— Ramène Nora dans la chambre des jumeaux, puis patientez-y avec Lars. Je m’y rends dès que possible.

— À tes ordres, capitula-t-elle. Nous avons beaucoup de chance de t’avoir : tu es un père et un époux formidable, Téodor.

— J’essaie de l’être.

Ellingsen reporta ensuite son attention sur sa fille.

— Sois sage. N’ennuie pas ta mère et obéis-lui en mon absence, d’accord ?

— Oui, papa !

Il échangea un regard amusé avec Ingrid et l’escorta jusqu’à la porte dérobée.

— À tout à l’heure, murmura-t-elle.

— Cela m’a fait plaisir. Votre visite imprévue.

Elle s’engagea dans le couloir sombre et, de dos, lança :

— À moi également, malgré les apparences. Je te le prouverai ce soir.

Un délicieux frisson saisit Ellingsen, qui lutta pour ne pas la rattraper. Il referma le mur avec regret. Par le Père, la journée risquait de lui paraître interminable !

Moins nerveux qu’auparavant, il retourna s’asseoir. La joie aperçue dans les yeux de Nora le comblait. Elle avait eu l’air si enchantée par sa proposition de lui accorder quelques minutes de son temps ! Il n’aurait pour rien au monde souhaité l’en priver.

Conscient que son visage trahissait le bonheur de cet interlude, il se força à recouvrer son calme et à adopter une expression neutre. Il ne lui fallait oublier ni ses obligations ni sa décision du jour.

L’impatience le regagna. Valter était-il en route, ou le cherchait-on encore ? Il avait hâte de lui transmettre ses ordres, hâte que son projet se concrétise un minimum. Surtout, la fin de leur rendez-vous lui permettrait de rejoindre les siens – ses enfants trépignaient sans doute déjà au milieu de leurs jouets.

Les paroles d’Ingrid sur ses devoirs se rappelèrent à lui et lui arrachèrent une grimace.

Les Consuls désapprouvaient son attitude, Ellingsen ne l’ignorait pas. La plupart désiraient qu’il accorde moins d’importance à ses héritiers pour se concentrer davantage sur la politique d’Escarpe… Pourtant, se comporter différemment lui était impensable. Il n’était certes pas aussi efficace que son prédécesseur, mais il accomplissait son boulot avec droiture et n’avait pas reçu de plainte sérieuse quant à sa façon de diriger. Il voulait en outre éviter certaines erreurs.

À l’instar de Nora, Ellingsen se souvenait avoir trompé la vigilance de sa propre mère afin de gagner cette pièce et de surprendre son père. Toutefois, lui n’avait récolté que réprimandes et punitions de sa part. La situation l’avait poussé à détester le travail que son parent effectuait, puis avait créé de nombreux conflits lorsqu’il avait grandi. Jusqu’à ce qu’il les comprenne, les rejets endurés l’avaient transformé en un être solitaire, peu sûr de lui. Il refusait d’infliger un tel sort aux jumeaux.

Des coups frappés contre le battant en bois le tirèrent de ses réflexions. Ellingsen se redressa sur son siège, se racla la gorge.

— Entrez.

Valter s’exécuta et s’avança jusqu’au bureau, où il adopta une posture raide.

— Votre Grâce, le salua-t-il.

— Valter. J’ai cru que tu avais quitté Éclat !

— Excusez mon retard, je n’étais hélas pas dans le cœur de la capitale. Des rumeurs sur le compte du Consul Holmberg de Sablemer m’ont obligé à enquêter sur sa personne. Il est innocent, mais un entretien avec son propre bras droit a été nécessaire à cette conclusion. Le laisser venir au palais aurait rendu l’affaire publique et attisé les ragots. Nous avions donc convenu d’une entrevue à l’abri des oreilles indiscrètes.

Ellingsen hocha la tête.

— Avez-vous tenté de me prévenir de votre départ ?

— Oui, Votre Grâce. Vos appartements étaient déserts.

— Bien.

D’un geste, il pardonna à son interlocuteur, puis souffla :

— J’ai reçu des nouvelles de l’équipe de cartographes.

— Ils ont enfin accepté de parler ?

— Uniquement deux d’entre eux, et ils ont assuré qu’ils préféraient être pendus comme des esclaves plutôt que de s’approcher encore de la Forêt. Le reste du groupe n’ose même plus évoquer l’endroit.

Un hoquet échappa à Valter.

— Qu’avez-vous appris ?

— Ils ont été attaqués à la frontière de Valgris…

— Attaqués ?

—… par un loup géant.

Valter manqua s’étrangler.

— L’espèce est éteinte.

— Pas aux dires de ces hommes.

— C’est absurde !

— Il y a pire. La bête aurait été montée par un fantôme.

— Votre Grâce, vous n’accordez pas crédit à…

— Non, le coupa Ellingsen. Simplement, d’après l’émissaire que j’ai envoyé afin de récolter leurs témoignages, nos deux cartographes en sont convaincus. Ils jurent devant le Père que l’esprit d’un Lycanthus en colère s’est révélé à eux et les a menacés, qu’il contrôlait le terrible animal.

La pose exemplaire de Valter se brisa. Ses épaules s’affaissèrent, ses mains s’éloignèrent de ses hanches.

— Comment est-ce possible ?

— Voilà ce que j’aimerais découvrir…

— Les Crock’vies sont responsables, siffla Valter, je suis prêt à le parier. La manière dont ils s’y prennent est un mystère, mais les captifs sont forcément coupables. Votre grand-père, et surtout votre père, ont voué leur existence aux purges de la Forêt et ont asservi ses occupants. Il est inenvisageable que leur race ait survécu parmi les sapins. Or, dès que nous y missionnons quelqu’un et qu’il essaie d’y pénétrer, une histoire identique nous parvient aux oreilles : un Crock’vie l’en a empêché !

— Un spectre, précisa Ellingsen. D’ailleurs tout le monde à Escarpe s’accorde là-dessus : les lieux sont hantés. Cependant, toi et moi ne sommes pas superstitieux, n’est-ce pas ?

Valter acquiesça.

— C’est pour cela je vous soumets mes supputations, Votre Grâce. À part les Crock’vies, qui auraient des raisons d’entretenir une telle rumeur ? L’évidence s’impose.

Ellingsen haussa un sourcil.

— Tu me parais très sûr de ce que tu avances… Je ne serais pas si vindicatif. Iversen exerce un lourd contrôle sur les Lycanthus. Je les imagine mal tromper sa surveillance ou celle de leurs maîtres. Pas toi ?

— Sauf votre respect, à moins d’admettre l’existence des esprits, il n’existe pas d’autres solutions.

Ellingsen agita un index en signe de dénégation.

— Réfléchis, Valter. Ouvre tes horizons.

— Votre Grâce ?

— Tu ne portes pas les Lycanthus dans ton cœur, ta rancœur t’aveugle.

S’il fut contrarié par sa remarque, Valter n’en montra rien et attendit une explication.

— Nos terres comptent énormément d’habitants. Crois-tu que tous partagent ton mépris ? Le statut actuel des Lycanthus doit en révulser plus d’un. J’ai moi-même parfois des doutes sur la situation… Pourquoi le peuple ne serait-il pas à l’origine de la frayeur des cartographes ?

Valter demeura durant plusieurs secondes silencieux, l’air sérieux – sans doute pour méditer sur ses propos. Il s’abstint donc de le brusquer.

— J’admets ne pas avoir envisagé cette éventualité. Néanmoins…

L’homme s’interrompit et se redressa, mal à l’aise.

— Oui ? Parle sans détour. Si tu penses que j’ai tort, dis-le. La franchise est une qualité qui m’importe. Tu n’es pas à mon service pour me cirer les chaussures.

— Non…

— Bien. Alors qu’y a-t-il ?

— Que des résidents de chaque État plaident la cause des Crock’vies est plausible, en effet, mais… pourquoi la Forêt ? Certes, il s’agit de la terre des asservis. Sauf qu’elle est déserte. La protéger est un non-sens quand ses habitants n’y sont plus. La logique voudrait qu’ils aident ces derniers en tentant de les libérer ou de briser leurs entraves.

Les paumes d’Ellingsen se plaquèrent sur le bureau. Il se leva, marcha jusqu’à la fenêtre donnant sur une partie des jardins, puis répliqua :

— Bonne déduction. Si ni les esclaves ni leurs défenseurs ne sont blâmables, quelle hypothèse nous reste-t-il ?

— Vous ne souhaitez pas que j’évoque les fantômes, je présume.

Amusé par le ton plus détendu de Valter, Ellingsen se retourna.

— Exact. D’autres suppositions ?

— À vous de me le dire, Votre Grâce. Vous semblez avoir beaucoup réfléchi à la question.

— Le rapport que j’ai reçu m’a obligé à cogiter, il est vrai. J’en ai tiré diverses conclusions, dont celle-ci : j’ai des ennemis.

— Que sous-entendez-vous ?

Un soupir échappa à Ellingsen.

— Mes projets ne sont pas confidentiels, du moins pas autant que je l’aimerais – après tout, je ne fais que suivre la voie de mon père. Des détracteurs essaient peut-être de m’entraver. Je n’ai pas encore trouvé dans quel but, mais qu’importe. Rendre l’endroit maudit est un excellent moyen d’y arriver.

Valter opina.

— Avez-vous un plan à proposer ?

— Pour sûr.

— Je vous écoute. Dois-je dépêcher une nouvelle équipe de cartographes pour étudier le terrain ? Envoyer nos soldats à la place ?

— Non.

Ellingsen se divertit un instant de l’étonnement de Valter, puis l’éclaira.

— Nous n’avons que trop patienté. La Forêt est l’unique territoire qui ne nous appartient pas officiellement. Même sans experts, nous sommes en mesure d’affirmer qu’elle fait un tiers d’Escarpe. Notre peuple croît d’année en année, nous avons besoin de cet espace supplémentaire. Je ne souffrirai pas un énième délai inutile.

— Hélas, personne ne s’y installera tant que nous ne possédons pas la preuve du caractère inoffensif des lieux. Nombre d’histoires circulent sur leur dangerosité. Il se raconte par exemple que la magie des Crock’vies les a corrompus et que le Père n’y a pas de pouvoir.

— Balivernes.

— Auxquelles les Hommes accordent foi, comme vous me l’avez rappelé.

Ellingsen cala son menton entre son pouce et son index.

— Est-ce un réel souci ?

— Un frein à vos ambitions, au minimum.

Il leva les bras au ciel.

— Si cela ne tient qu’à des superstitions, j’y construirai une résidence secondaire. J’ai la confiance du peuple : si j’habite une terre damnée, c’est que les risques ne sont pas grands. Ils ne tarderont pas à m’imiter.

Valter acquiesça derechef.

— Une solution applicable dès que la zone vous appartiendra.

— Nous y voilà ! reprit Ellingsen. Je t’ai mandé à ce propos.

— Un ordre, et je m’exécute. Quelles sont vos directives ?

— Convoque immédiatement le Conseil. Il est l’heure de déclarer que la Forêt est la propriété des humains.

Valter pâlit.

— Le Conseil ? Immédiatement ? Vous n’y songez pas ?

— Ai-je l’air de plaisanter ?

— Mais V-Votre Grâce, réunir le Conseil demande du temps. Les Consuls ont des obligations qu’il leur est difficile d’abandonner pour se rendre au palais. Il est nécessaire de d’abord les prévenir, afin qu’ils vous donnent leurs disponibilités, puis qu’une date soit choisie en fonction. Les solliciter sans préambule vous attirerait leur dédain et…

— Ils me dédaignent déjà. Non, Valter, ces simagrées m’insupportent. Décider d’une date qui conviendra à chacun relève de l’impossible. Il s’écoulera sans doute des mois avant que la réunion n’ait cours. Attendre est ridicule, je ne convie pas souvent les Consuls ici, ils me pardonneront une transgression.

Le regard de Valter exprimait son désaccord de manière claire, toutefois, il ne protesta pas. Ellingsen effectua deux ou trois pas dans la pièce et enchaîna :

— Je veux que quatre coursiers partent à Sablemer, Verteaux, Roche-Haute et Valgris d’ici la fin de l’après-midi. Ordonne la rédaction d’une lettre à l’intention de chaque Consul et insiste sur le fait qu’il s’agit d’une priorité. Qu’on y excuse ma précipitation et leur témoigne mon amitié. Fais, et qu’on ajoute que tous en retireront des avantages.

— Des avantages ? s’enquit Valter.

— N’en révèle pas plus. L’appât du gain combiné à la curiosité les rendra plus enclins à se déplacer.

— Bien, Votre Grâce.

— Je ne formerai pas un nouvel État. Dès que la Forêt sera en notre possession, j’ai l’intention de la diviser, d’agrandir les autres.

— Sage décision. Ainsi les Consuls ne rechigneront pas à aider aux aménagements nécessaires sous prétexte que le territoire n’est pas sous leur direction.

Ellingsen hocha la tête.

— J’éviterai aussi tout sentiment de jalousie. Pas comme lors de la création de Roche-Haute.

— Le Général Iversen était pourtant un excellent choix. Voilà un Consul remarquable.

— Je partage ton avis, mais il n’est proche d’aucune lignée de Consul… Enfin ! Tu peux disposer. Préviens-moi sitôt que nos missives auront obtenu réponse.

Valter s’inclina avec respect, puis quitta le cabinet.

Ravi, Ellingsen s’avança vers la porte dérobée.

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J’espère que ce chapitre vous a plu, tout comme en apprendre un peu plus sur la personnalité d’Ellingsen 🙂

La semaine prochaine, nous retrouverons Kaliska !

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