L’étrange et fascinante pension de Sophie Bailly

L’étrange et fascinante pension de Sophie Bailly

Extrait gratuit : premières lignes

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L’étrange et fascinante pension de Sophie Bailly
© Rose P. Katell (tous droits réservés)
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Le chauffeur Uber freina devant une allée rendue si invisible par la végétation l’encadrant que Sam ne l’aurait pas remarquée sans l’arrêt du véhicule.

— C’est ici ? demanda-t-il, perplexe.

Dans quoi me suis-je fourré?

— À vous de me le dire ! On est à l’adresse que vous m’avez indiquée, en tout cas.

Sam sourit maladroitement, pas certain de savoir si l’homme se gaussait de son ignorance ou non, et descendit de la voiture avec une sorte de fatalisme inquiet. Il récupéra son sac de sport – jamais utilisé pour une quelconque activité physique – dans le coffre, et le craquement des feuilles mortes sous ses chaussures lui effleura les tympans.

— Bonne journée ! Oubliez pas de m’évaluer sur l’application !

Déjà presque engagé sur la fameuse allée, étroite et terreuse, Sam prit congé en répondant d’un signe poli de la main, puis se tordit le cou sitôt le moteur enclenché afin de tenter d’apercevoir, enfin, la pension mentionnée par l’annonce à laquelle il avait donné suite… Chambre simple à louer dans une charmante demeure pittoresque. Situation éloignée de l’agitation des villes et des bruits de la circulation. Pour les amoureux de la tranquillité. Les lèvres de Sam se pincèrent. S’il ne pouvait pas encore juger du caractère « charmant » de l’endroit, la notion « éloignée » semblait avoir été bien choisie… Il espéra ne pas devoir marcher trop longtemps.

Il faut ce qu’il faut, j’imagine, songea-t-il. Le prix de la chambre était attractif et, s’il s’y plaisait après une première semaine d’intégration convenue avec la propriétaire, elle deviendrait son nouveau chez-lui.

Un soupir lui échappa pendant qu’il raffermissait sa prise sur les anses de son bagage. Son récent chômage, non désiré, ne lui permettait plus de payer l’entièreté de son loyer actuel en plus de ses factures ; Sam n’avait pas l’intention d’attendre son expulsion !

Tout en douce montée, le chemin qu’il empruntait finit par bifurquer et lui dévoiler un ancien corps de ferme, dont la façade était recouverte de lierres aux feuilles rougies par la saison. Sam siffla à la vue du grand potager s’étendant sous l’une de ses fenêtres – il y distinguait des citrouilles qui se transformeraient, à ne pas en douter, en de merveilleuses soupes ou tartes. De nombreux arbres et buissons, eux, entouraient la construction ; ils lui offraient un cadre jaune orangé aux accents bucoliques.

Charmant était le mot adéquat!

Sam atteignit l’entrée, admira un instant la double porte en bois décorée de fer. Appuya sur le bouton de la sonnette… Une pointe d’anxiété l’envahit, malgré ses trente-six ans, à l’idée de rencontrer Sophie Bailly, la propriétaire et sa potentielle logeuse si leur entrevue se déroulait au mieux. Trouverait-il seulement moins cher ailleurs s’ils ne s’entendaient pas ?

L’un des deux battants s’entrebâilla de vingt centimètres ; il redressa sa posture dans l’espoir de donner une bonne première impression. Puis, rien… L’ouverture ne s’agrandit pas plus. Nulle voix ne le pria de s’avancer.

Sam fronça les sourcils. D’abord indécis, il écarta en fin de compte la porte avant de passer sa tête dans une pièce aux belles dimensions, au sol en pierre rustique, mais incroyablement clair.

— Mademoiselle Bailly ? hasarda-t-il.

Aucune réponse ne lui parvint. Il hésita une petite dizaine de secondes.

— J’entre, prévint-il. C’est Samuel Perrin, j’ai postulé à votre annonce au sujet de la chambre libre.

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