J’en ai marre du livre objet
L’histoire vaut davantage que l’écrin.
.
La mode dans le milieu littéraire est, depuis un temps, aux beaux livres, que l’on qualifie aussi de livres-objets. Des romans avec une couverture rigide et « reliée » (les guillemets sont ici totalement volontaires), un jaspage, des dorures, du vernis sélectif, avec un overlay inclus, etc.
Si je n’ai bien sûr rien contre les jolies éditions et le fait de vouloir s’en procurer, force m’est de reconnaître que je souffre malgré tout d’un certain… ras-le-bol. Plus précisément, je n’en peux plus de voir le marché actuel s’engager dans une course au « toujours plus » et prendre les lecteurs pour des pigeons.
.

.
J’ai été lectrice bien avant d’être autrice.
J’ai en outre un amour fou et profond pour les histoires, surtout en imaginaire (SFFF).
Et si je suis la première à rire devant la phrase « on ne juge pas un livre à sa couverture », bien consciente que c’est le premier élément qu’on remarque de manière générale, je commence vraiment à en avoir assez des éditions « prestiges » qu’on nous présente sans arrêt.
.

.
Parce que quand l’objet en lui-même est plus important que l’intrigue qu’il contient, il y a un problème…
Parce que quand on achète un roman sur base de son aspect sans même savoir de quoi ça parle, il y a un problème…
Parce que quand un broché devient un livre « bas de gamme » dans les regards, il y a un problème…
Parce que quand la qualité n’est pas là et que le simple « tape à l’œil » justifie des prix parfois exorbitants, il y a un problème…
Et cette liste pourrait encore continuer.
.

.
Attention, avec cet article, je n’accuse absolument pas les personnes qui se laissent tenter ou aiment avoir des bibliothèques chatoyantes chez elles. Je ne dis pas non plus que tous les beaux livres sont des arnaques ou n’ont pas lieu d’exister.
Ce que je critique, c’est plutôt le manque de réflexions qu’il y a parfois derrière ces achats, la confusion entre « joli » et « qualitatif » entretenue par le marché, le monopole qu’a gagné cette mode dans les librairies ou sur les réseaux sociaux, ou la perte de sens que cela entraîne.
Car lorsque chaque ouvrage ou presque sort dans une version toujours plus « collector », qu’est-ce qui définit réellement une œuvre « collector » ? Et que deviennent le plaisir et la valeur d’un livre acquis sous une telle forme ?
.

.
Évidemment, mon point de vue est peut-être biaisé par mon métier d’autrice. Mais personne ne me fera croire que l’écrin doit prévaloir sur le contenu.
Surtout quand cet écrin est présenté de façon à laisser penser à un produit luxueux… alors que les pages qu’il renferme sont bien souvent collées à chaud (même avec une couverture rigide), que lesdites pages se révèlent parfois trop fines pour être simplement tournées ou finissent par se détacher, que les dorures s’effacent sur le temps d’une seule lecture,…
.

.
Ces mots sont peut-être un cri lâché dans le vide, mais j’ai envie qu’on redonne du sens à ce qui fait un livre : son texte, ses émotions, sa faculté à nous faire voyager…
J’ai envie, oui de croire que nos bibliothèques sont des portes vers d’autres mondes et pas de simples étagères à trophées.
.
.
Et vous ?
Partagez-vous mon avis ?
.
.