Une parenthèse hors du temps

Une parenthèse hors du temps

Journal d’une retraite d’écriture à la côte belge

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En mai 2026, je suis partie deux journées à la mer dans le but de me reposer et de commencer un nouveau projet d’écriture.

Durant ces deux jours, j’ai tenu un journal de mon expérience.

En voici les différentes entrées…

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🔷 Mercredi 🔷

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8 h 45

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Ça y est… Je suis dans le train en direction de la côte belge, toute impatiente !

Pour la première fois de ma vie, je voyage en première classe – le confort est réel ! Le ronronnement du train me berce et, déjà, j’ai hâte de déployer la table en bois devant moi, beaucoup plus spacieuse que la tablette de la deuxième classe, pour y installer mon joli carnet et plancher sur un plan… celui de mon projet d’écriture dédié à ce voyage. Ou plutôt, de travailler sur une partie de ce plan, puisque je compte m’atteler à un recueil de quatre nouvelles fantastiques, sur le thème des saisons et de la romance – même si je ne suis pas sûre qu’il s’agisse du terme approprié… je crois plutôt me rapprocher des contes fantastiques romantiques.

Mon objectif pour ces deux prochains jours ? Écrire entièrement la première nouvelle de ce recueil, sur l’hiver.

Le ciel est gris dehors. Je le vois à travers la fenêtre depuis mon siège, mais la pluie n’est normalement pas annoncée à la côte. J’ai un livre sur moi afin de passer le temps, j’oublierai la grisaille à travers ses pages.

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12 h 21

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Je suis à la mer. Enfin !

Tout à l’heure, un grand sourire étirait mes lèvres lorsque je suis descendue du train, sur le quai en lattes de bois, puis que j’ai senti le vent me décoiffer… Peut-être parce que c’était ma destination de vacances quand j’étais petite fille, j’ai eu le sentiment de rentrer à la maison, en particulier en entendant le cri des mouettes – à l’inverse de beaucoup de personnes, j’adore le son qu’elles produisent !

Ici, je me ressourcerai autant que je trouverai l’inspiration. Je le sens.

Après une marche lente pour me rendre à mon hôtel (le Rosa hôtel… avec un tel nom, on se demande pourquoi je l’ai choisi !), j’ai laissé ma valise sur place – une vraie légèreté en plus ! – et me suis ensuite dirigée vers un supermarché afin d’y faire quelques courses nécessaires : pas question de vivre uniquement d’histoires et d’eau fraîche durant ces deux journées de retraite créative.

Je suis assise sur la plage depuis lors. J’y ai d’ailleurs mangé un bon sandwich, et là, je regarde une douzaine de phoques en train de se prélasser en bordure de mer – je crois que j’envie leur tranquillité, qui est un état d’esprit idéal pour écrire. Je profite aussi de l’air marin et de son odeur iodée que j’aime tant.

Grâce à de grandes et belles éclaircies, la grisaille n’est presque plus. Il ne reste que le vent, plus fort ici qu’à la gare. S’il s’amoindrit, je commencerai sans doute la rédaction de ma nouvelle ici même – ma chambre d’hôtel ne sera pas disponible avant 15 h. J’ai beaucoup songé aux mots que j’allais coucher sur le papier dans le train, en plus d’avoir défini toute la trame de l’histoire sur la deuxième page de mon carnet – la première, je la réserve pour le titre, avec des fioritures.

Quelques phoques occupés à se reposer sur le sable mouillé.

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15 h 53

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Pas de chance : le vent s’est renforcé au lieu de se calmer. J’irai même jusqu’à dire qu’il s’est transformé en véritable antagoniste pour mon projet d’écrire ! Travailler sur mon texte s’est révélé mission impossible. Je n’avais pas anticipé cet aspect météorologique – alors que je le connais bien… – lorsque j’ai choisi le carnet qui allait m’accompagner sur place. À retenir.

Soit. Penser à mon histoire, c’est déjà travailler dessus. Une bonne partie de mon métier d’autrice est en effet invisible ; elle ne se passe pas ailleurs que dans mon esprit. Mon intrigue, je l’ai ainsi imaginée encore et encore dans ma tête pendant que je continuais de contempler les phoques (commun et gris, si je ne me trompe pas) qui se tapaient le ventre, rebondissaient sur le sable, prenaient la pose « banane » ou jouaient dans les vagues, voire avec un ballon-bouée.

Un peu plus tard, j’ai cédé à la gourmandise… en m’achetant une glace dont je suis à peu près certaine d’avoir entièrement dépensé les calories en allant me promener dans un parc non loin de mon hôtel ! Un endroit où j’aime aller pour sa verdure, ses animaux, son calme et également pour admirer l’une de mes statues préférées – dédiée à un chien limier mort lors de la Première Guerre mondiale.

Et en ce moment, je découvre avec bonheur ma chambre d’hôtel, petite, mais cosy et lumineuse. Je m’y repose, savourant un bon café, le premier de la journée.

L’écriture pourra-t-elle ensuite enfin commencer ?

La fameuse statue en question

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18 h 17

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À nouveau, Rosamund attrapa un oreiller sur son lit avant de le lancer au sol, où il rejoignit ses deux prédécesseurs. Voilà exactement les premiers mots que j’ai couchés sur le papier. Comment débute la première nouvelle de mon recueil.

Je viens de revenir à mon hôtel après être retournée sur la plage, beaucoup moins venteuse durant la seconde moitié de l’après-midi. La fierté et la sérénité que j’éprouve me poussent toutes les deux à sourire. Alors allongée sur le ventre – et sur une couverture jaune visible à des kilomètres… mais tellement pratique, car elle tamise le sable se déposant dessus –, j’ai presque perdu la notion du temps… Je suis bien incapable de dire durant combien de minutes exactement j’ai écrit. Les premières pages de mon cahier sont remplies… Ce nouveau projet est officiellement né !

Je me sens confiante, dans un état d’esprit créatif. Le roulis des vagues a d’ailleurs agi sur mon cerveau comme peut le faire le son de la pluie ou certains bruits blancs, pendant cette première session ; je n’entendais plus que lui. L’habituelle musique douce de mon bureau a naturellement été remplacée par ce bruit. Je me suis laissée guider par les mots.

À présent, de retour dans ma chambre, j’ai l’intention de prendre le temps de savourer mon repas, acheté plus tôt. Après quoi, comme le vent se montre trop froid pour songer à ressortir, j’ai prévu de descendre dans le salon de l’hôtel (où l’eau, le thé et le café sont à disposition et inclus dans le prix de la nuitée sans limite de consommation) pour une deuxième séance d’écriture.

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21 h 31

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Cette seconde session a duré une heure trente ! J’ai écrit et écrit encore sans songer à m’arrêter – juste après m’être préparé une boisson chaude avec les cafetières à piston et la vaisselle mises à disposition –, très vite plongée dans un état de flow.

Le salon de l’hôtel est incroyable ! Confortable et beau, avec une musique douce diffusée en permanence… J’y étais à l’aise, m’y sentais à ma place ; comme un bureau adopté en moins d’une seconde.

Bon. J’ai sans doute été trop optimiste en envisageant d’écrire l’entièreté de ma nouvelle sur ces deux jours… car là où je me suis arrêtée, même si je m’en rapproche, ce n’est pas vraiment la moitié de l’intrigue !

Pas grave. L’essentiel, c’est d’écrire et d’y prendre du plaisir. Ce qui est mon cas ! Pour l’instant, j’aime beaucoup le résultat de ce premier jet.

Je ne suis pas dans une optique de performance ou de pression, plutôt de détente et de créativité saine.

Ma session écriture du soir, dans le salon de l’hôtel

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🔷 Jeudi 🔷

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9 h 11

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Une bonne nuit – mon seul regret est de ne pas avoir entendu le chant des mouettes par la fenêtre entrouverte au réveil –, un petit-déjeuner copieux… et me voilà prête à entamer cette seconde journée de retraite.

Je pense rendre la carte de ma chambre d’hôtel dans le prochain quart d’heure, puis demander à laisser ma valise à la bagagerie ; tout ce dont j’ai besoin est dans mon sac à dos – écriture nomade !

J’ai dans l’idée de consacrer ma matinée à une visite précise, déjà faite durant mon enfance, mais dont je ne garde presque aucun souvenir. Ensuite, dans l’après-midi, je reprendrai l’écriture de ma nouvelle, allongée sur la plage si le vent est de mon côté.

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12 h 34

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J’ai visité le Mercator, un trois-mâts classé monument historique qui a notamment servi au rapatriement de la dépouille du père Damien en Belgique. J’ai pris mon temps et apprécié cette redécouverte presque totale ! C’était instructif, inspirant même – il va d’ailleurs falloir faire un sérieux tri dans mes photos, une fois rentrée.

Après ça, je suis entrée dans l’église Saint-Pierre-et-Paul afin d’en admirer les vitraux et jeux de lumière, les statues, et aussi pour profiter de la paix du lieu et avoir quelques photos à montrer à ma sœur, qui a toujours voulu y pénétrer, mais n’en a encore jamais eu l’occasion.

Enfin, j’ai rejoint la digue et son agitation – j’ai bien aimé le contraste entre celle-ci et l’église – le temps d’une longue marche bienfaitrice (avec un arrêt obligé là où se reposent les phoques : les admirer une fois de plus m’est apparu essentiel !)

Et depuis, je me trouve dans un restaurant italien, où je profite d’un délicieux repas et d’un café – un carburant nécessaire si je veux écrire cet après-midi ! C’est une première pour moi, je n’avais encore jamais osé me rendre seule dans un restaurant. Et malgré quelques appréhensions, j’ai aimé l’expérience.

Sur le Mercator

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15 h 24

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J’aime tellement me trouver sur le sable chaud de la plage ! « Heureuse » est le seul mot qui me vient à l’esprit pour définir mon émotion actuelle. J’ai vécu une petite heure d’écriture très apaisée après une vingtaine de minutes passées allongée au soleil – il fait vraiment beau aujourd’hui… et il n’y a presque pas de vent ! –, puis un quart d’heure avec les pieds dans l’eau (si je m’étais écoutée, je serais restée comme ça des heures, à chercher des coquillages et profiter de l’eau, de ses reflets…)

Ces deux jours, je crois, sont bien partis pour devenir les plus beaux de cette année, à mes yeux.

Concernant ma nouvelle, plus longue que prévue – elle avait sans doute besoin de cet espace et de cette respiration pour dévoiler son potentiel ! –, j’ai atteint la moitié de son premier jet, voire un peu plus. Le flow est toujours là, et je profite de chaque mot couché sur le papier.

Je pense maintenant poursuivre ma lecture en cours (La couleur des sentiments) avant de reprendre la rédaction de ce projet, soit encore sur la plage, soit plus tard, dans le train du retour.

Les pieds dans l’eau…

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18 h 02

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Désormais dans le train du retour depuis une vingtaine de minutes.

Mon cœur s’est serré au moment de monter à bord ; je n’avais vraiment pas envie de quitter la côte ! Tout ce que je voulais, sur l’instant, était prolonger ce bel interlude hors du temps…

Je n’ai plus écrit une seule ligne depuis ma dernière session et mon moment lecture : j’ai préféré regarder le mouvement des vagues de la marée montante – c’est joli et apaisant, un mouvement continu qui a un je-ne-sais-quoi de fascinant –, puis revenir au niveau de la digue à l’heure du goûter pour profiter d’une petite coupe de glace.

L’heure a ensuite tourné, et j’ai alors eu des préoccupations plus tribales, comme me trouver un repas à consommer dans le train, récupérer ma valise et rejoindre la gare…

J’aimerais beaucoup poursuivre ma nouvelle pendant ce trajet, mais je sens la fatigue poindre, les prémisses d’un léger contrecoup dû au départ. Je ne me mets donc aucune pression ; je suis déjà très fière du nombre de pages rédigées sur ces deux jours.

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20 h 05

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J’ai finalement eu le courage de poursuivre l’écriture de ma nouvelle. J’ai entamé une nouvelle scène, la plus importante des trois composant la nouvelle ! De quoi clôturer cette retraite en beauté, comme un signe, la preuve que l’inspiration ne s’arrêterait pas avec cette retraite.

Je suis toujours à bord du train ; il me reste à présent moins de vingt minutes pour arriver chez moi, où j’irai probablement m’écrouler dans mon lit… après avoir pris une douche pour me « désensabler » ! En attendant, je vais profiter des paysages et songer aux magnifiques souvenirs qui me resteront de cette expérience.

Dernière photo de la mer

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